Nous voyons régulièrement des fonds d’investissement renoncer à des deals parce qu’ils manquent de bons managers. Nous avons décidé d’interroger deux représentants des fonds d’investissements pour mieux comprendre leur besoin : Bruno Donville, Creadev et François Loubignac, Inmezzo.
Manager, entrepreneur…Un mot pour un autre ? Par vraiment à en croire Bruno Donville, directeur général de CREADEV, fond d’investissement de la famille Mulliez destiné à appuyer des entrepreneurs. « Les fonds d’investissement manquent aujourd’hui plus de bons entrepreneurs que de bons managers ». La question de leur identification nous pose en effet un problème en tant que cabinet de recrutement. « La difficulté actuelle n’est pas le manque de bons entrepreneurs mais la réelle capacité à identifier ceux-ci » confirme François Loubignac, directeur général d’INMEZZO, structure de conseil spécialisée dans les opérations de reprise dites de « small cap ».
Pour ces deux acteurs de la vie économique, un « bon entrepreneur » doit avoir certaines qualités essentielles. « Envie d’autonomie, réalisation professionnelle et personnelle différente, volonté patrimoniale et culture financière évoluée caractérisent aujourd’hui ces quadras repreneurs » souligne François Loubignac. « L’entrepreneur se doit également d’être à l’écoute pour améliorer continuellement les processus et savoir fonctionner en capacités limitées. C’est ce que j’appelle le « cap et le qui vive » avec, en plus, la nécessité d’être tenace et fédérateur. Il doit savoir prendre des risques tout en étant lucide sur le marché et sa place au sein de celui-ci » rajoute Bruno Donville.
Pourquoi ne trouve-t-on pas ces qualités chez les entrepreneurs d’aujourd’hui ? Chez Taste, nous pensons que les fonds d’investissement ont jusque là privilégié la dimension financière aux compétences. L’important pour un entrepreneur est d’avoir un projet en adéquation avec ses qualités professionnelles et de ne pas avoir peur d’investir ses propres fonds dans son entreprise. Il doit aussi avoir une vision stratégique du développement de son entreprise. La prise de risque est un élément central de cette fonction.
« Dans une transmission, le fond d’investissement court deux risques : un risque financier lié à la société rachetée et un risque humain lié à l’intégration du nouveau manager. Les fonds sont depuis longtemps passés maîtres dans la gestion de leur risque financier et ont jusqu’à présent été peu enclins a faire des opérations dites de MBI / LBI* intégrant ce risque humain. Les mentalités évoluant, ils doivent donc intégrer en plus cette composante au plus tôt et participer à la recherche des bons managers » reprend François Loubignac. En tant que cabinet de recrutement, nous travaillons de concert avec ces fonds
d’investissement pour résoudre ce problème qui freine aujourd’hui leur croissance.
Conscients du nombre considérable de transactions à venir qui nécessitent de vraies qualités humaines, nous devons « identifier les bons entrepreneurs dans notre vivier » comme le souligne Bruno Donville. Tâche difficile mais pas impossible, les nouveaux entrepreneurs restent à découvrir. Nous relevons le défi !
Avez-vous mené des opérations de levée de fonds, quels conseils aux entrepreneurs ?
*LBI signifie « Leverage buy in » c'est-à-dire un rachat avec un effet de levier où l’acheteur est extérieur à la société contrairement au LBO. Le MBI rajoute une dimension de management. Les nouveaux dirigeants n’appartiennent pas à la société mais il n’y a plus la question de la dette (leverage).
Damien Crequer, Associé Taste

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